09.08.2006

RIEN N'EST PAREIL ET RIEN NE CHANGE (1)

Retour à Anzin. De passage chez Ludo, je croise un gamin de 15 ans. Il veut me revendre la BMW qu'il a braqué à Hellemmes la semaine dernière. Il demande aussi à mon pote s'il sait où trouver une belle veste pour offrir à sa copine: ça fait 4 jours qu'ils sont ensemble et elle l'a déjà sucé dans le bloc 8, alors il faut bien qu'il fasse un petit geste. 

Tout à l'heure en sortant acheter des clopes, une petite vieille à lunettes que tout le quartier à l'air de connaître me saute dessus. Elle veut que je l'aide à balancer des dizaines de tranches de pain sec sur un toit pour nourrir ses oiseaux. Elle me met le pain dans la main, et me montre commment bien le lancer à tel endroit, sinon ils n'iront pas le manger. Apparemment c'est pas le toit de sa maison, et tout semble en fait atterrir dans le jardin, derrière le mur. Un petit moment je me demande si elle n'est pas en train de m'utiliser pour pourrir le jardin d'un type qu'elle aime pas, mais bon, encore même, c'est pas mon problème, allez zou...

De rien madame.

Promenade sur l'avenue. Un couple de chtis va porter son chat galleux chez le vétérinaire. Ils ont pas l'air riches, mais ils vont quand même claquer 60 euro pour la santé d'un bâtard qui crèvera dans deux mois, ça se voit rien qu'à sa gueule. 

En me promenant dans le couloir du Champion, j'écoute "Let there be rock"avec l'impression très nette d'être en plein paradoxe. 

Ici les problèmes s'envolent jusqu'au jour d'après et trouvent des solutions tout seuls.

Qu'ils se démerdent après tout.

 

12.07.2006

Crematorium

J'ai la tête baissée.

Sous mes yeux attentifs défilent les paires de chaussures hétéroclites, qui se bousculent et piétinent pour embrasser sa mère. Des tongs, des baskets, des escarpins cirés, des chaussures à talon, des écrase-merde... Chaque pied dans chaque chaussure précède son compagnon d'un jour pour rejoindre les bancs sous lesquels ils pourront cacher leur ennui et leurs mensonges. Pendant un petit temps, les paires restent impassibles, puis mues par les fourmis, elles entament une à une les danses de saint-guy qui les décrispent un peu, le temps d'une musique. 

Mes pieds, eux, sont immobiles. Figés par la tristesse de l'instant, ils semblent hors du temps. A leurs places, combien déjà de semelles ont glissé pour entraîner des corps vers l'adieu aux morts. Combien de cercueils se sont déjà retrouvés là, dans ce hall froid et coloré avec parcimonie, par la bonne conscience d'un architecte qui voulait que ça soit lumineux, "parce que c'est comme ça la mort, c'est un chemin de lumière". Le four crématoire, c'est son boulot de brûler des corps. Ce matin, avant nous, trois familles ont usé leurs habits noirs sur les bancs neufs de cette école de la mort. D'autres encore après nous. Rien n'est pareil et rien ne change.

Puis arrive l'heure des rites, les gestes qui sont censés ancrer notre tristesse et la focaliser sur un moment, une parole. Les petits pieds se lèvent un à un, pour se bousculer en file indienne. D'abord la famille proche, puis la famille tout court, puis chaque rangée une à une, et puis tout le monde fait son petit tour de cercueil, en le regardant sans oser le toucher. Rares sont les faibles qui osent embrasser le bois en lâchant un vibrant adieu. L'attitude générale étant de marcher avec un balai dans la cul, pour bien monter qu'on reste fort dans la douleur. Et puis tout le monde va se rasseoir, et puis la famille proche est isolée dans un coin, et puis tout le monde se relève et défile à nouveau devant les survivants, pour leur manifester toute la tendresse qu'ils n'ont pas exprimé de son vivant à l'être disparu. Après, on se dit au revoir.

Ne restent dans la salle que quelques larmes à peine séchées sur le sol, essuyées sans pitité pour la propreté de la cérémonie suivante, et un homme en noir, seul. Il dit adieu à son paternel, et on ne peut décemment le prendre dans ses bras pour lui murmurer que la vie continue. Alors on s'en va. On pleure. On se retourne. Et puis on part.

 

28.06.2006

poème de haine

Ecrit pour le CDPD de mai 2006. Suis parti du jeu de mots du 3ème vers.

 A force de marcher tout droit dans la lumière,

J'ai compris la démence de la terre et j'y erre.

Mais Dallas est trop loin et tout ça s'est éteint

Alors je rallume un par un les cônes puritains,

Icônes affaiblies sous les coups de mon coeur

Et je m'affale encore, un porc dans sa douleur

Juste pour m'affoler toujours un jour plus tard

Et rêver de rêver le besoin de nul part.

J'ai pas pu empêcher les larmes d'espérance

A croire qu'elles murissaient seules dans le silence

Il a fallu attendre la fin de l'amour et repartir

Sans elle. Fallait la sacrifier. Trop lente à venir.

Tous les poèmes de haine ne sont que des refuges,

De vagues subterfuges pour l'intelligence. Les sens

Tournent en rond, cherchent à s'en sortir.

Par des moyens encore inconnus, ils réussissent.

Qu'allez-vous encore faire ? Au choix...les contempler.

Comme un aberration surgie dans le salon, et dans

Le coin la lumière qui s'éteint, et puis la fin du temps.

La fin du temps, c'est trop facile quand on s'y attend.