nouvelle érotique

Il fallait écrire une nouvelle érotique du point de vue du sexe opposé. Le style est trop chargé, mais bon, je vais pas non plus cracher dans ma soupe et tout refaire.

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Cindy était sur la Ferrari rouge.

Posée là, comme une feuille morte sur ce capot chauffé par le soleil de l’hiver, elle n’attendait qu’un signe du temps pour mettre au diapason ses fantasmes de femme délaissée trop longtemps des regards inconnus.

Elle était aussi prête à voir un signe dans n’importe quoi, tant elle n’en pouvait plus.

Dans le chat noir qui traversait la rue à l’instant, rien que pour la provoquer…Dans le pigeon qui, quelques secondes auparavant, avait matérialisé sur le pare-brise de sa Ferrari rouge tout le mérpis gluant que les animaux devraient pouvoir ressentire pour les cages en métal s’il y avait une once d’intelligence dans leurs cerveaux…Dans les flics qui lui avaient foutu une amende en lui intimant l’ordre de dégager…Dans les paroles des chansons du best-of de France Gall qu’elle écoutait à fond dans son baladeur dernier cri. Oui, elle voulait résister, oui elle voulait prouver qu’elle existait, parce qu’elle en avait le droit autant qu’une autre. Elle se sentait le droit d’avoir une revanche à prendre sur l’existence morne qu’elle avait menée, tout comme le droit de pouvoir s’afficher sur le marché des célibataires sans la crainte d’être ridicule. Son mètre cinquante-trois et ses petites rondeurs avaient plu par le passé. Et même si au final peu d’hommes l’avaient accrochée à leur cou, Cindy n’avait souffert qu’en tirant de la joie de ces aventures auxquelles elle n’aurait jamais accordé la moindre chance de se produire dans l’imagination pourtant débridée qui était la sienne.

Mais aujourd’hui, Cindy voulait plus. Plus que des caresses délicates sur ce corps qu’elle avait presque eu envie de déformer tant elle le connaissait et ne le supportait pas. Plus que les moites chaleurs que lui donnaient ses rêves de jeunes éphèbes déguisés en Village People qui la violaient en chantant des airs barbares venus de trop loin. Plus que les chatouillis visqueux et vertigineux qu’elle ressentait quotidiennement en trifouillant des bites en caoutchouc bleu dans son vagin flétri, tout en caressant son chien pour le côté tendresse.
Aujourd’hui, oui, c’était spécial. Cindy avait cinquante-cinq. C’est pour cela qu’elle était venue à Rome. Elle voulait s’éclater, avec des jeunes mecs, beaux, rieurs et peu regardants sur un matériel qu’elle avait dissimulé derrière des artifices grossièrement subtils, à coups de teinture punk et d’opérations esthétiques plus ou moins ratées, ça dépend des goûts.
Un an auparavant, Cindy avait revendu la maison familiale. Ses sœurs aînées et jumelles, avec qui elle vivait, l’avaient quitté au cours d’un banal accident domestique. En décrochant les rideaux en binome, pour plus d’efficacité, elles avaient chu l’une sur l’autre avec une délicatesse que ne supportèrent pas leurs cœurs régulièrement soumis depuis quelques temps à des crises violentes. Cindy était restée seule dans la maison vide.
Enfin vide.
Débarassé de ce duo de harpies qui avaient pourri tous les instants de sa vie, depuis qu’elle était née. De ce duo de connes qui l’avait toujours plus éloignée des hommes que de la merde, qui l’avait brimée avec une éducation sectaire, qui l’avait tout le temps considérée comme une petite écervelée, et qui lui avait donné l’envie de partir sans les moyens qui allaient avec. Bien contente Cindy. Pas peu fière d’avoir eu le courage de faire tomber l’escabeau. Maison enfin vide. Cindy enfin libre.

Avec l’argent de la maison, Cindy avait coulu se refaire un corps de déesse. Bon, c’était pas parfait…Mais pour aller à Rome, et séduire deux, trois jeunes garçons pas farouches, ça devait suffire. Elle avait souffert, oui, elle alors elle pouvait puisque c’était pour être belle. Plus de seins, plus de lèvres, moins de ventre…Merde, quoi, ,elle n’avait plus l’âge de réfléchir mille ans pour des décisions bénéfiques qui prennent deux secondes aux gens normaux. C’est aussi avec Rome en tête qu’elle avait claqué presque tout le reste de l’argent dans la Ferrari. Rien de tel pour se faire repérer et aborder par des jeunes tifosis prêts à tout pour conduire un bolide de luxe pendant deux heures.
Mais depuis trois plombes qu’elle était allongée que le capot de sa Ferrari rouge, en face de la fontaine de Trévise, Cindy avait moins attiré les jeunes romains avides de sexe et de vitesse que les regards des passants, intrigués par ce boudin en mini-jupe qui devait poser là pour un calendrier de camionneurs à la retraite. Cindy, elle, ne perdait pas espoir. Elle savait que toutes les épreuves qu’elle s’était infligé seraient payantes. Elle savait que tous les signes que pouvaient lui envoyer le divin n’étaient que des encouragements, presque déjà des récompenses.
Cindy commençait à s’assoupir lourdement quand il se posta face à elle. Il était beau, exactement comme dans les films. Jeune, avec une moustache. Comme elle l’avait voulu.
Tous ses désirs refoulés remontaient d’un coup avec la chaleur de son impatience, et elle se voyait déjà victime de ses caresses débridées qui la ramèneraient au cœur des arômes fruités d’un dépucelage provençal. Elle lui tendit les clés. Pas besoin de parler italien pour se faire comprendre. Il les prit, et le simple contact de ses doigts plongea Cindy dans la certitude que tout ne pouvait désormais que se passer comme elle l’avait souhaité. Il prit le volant, et l’emmena sur les entiers perdus du mont palatin. Il s’arrêta en haut, en bord de la route surplombant la ville. Il la regarda dans les yeux. Il était beau, comme dans les Feux de l’amour. Cindy sentait son cœur palpiter jusque dans le vernis de ses orteils. Elle était prête à être consumée, croquée, dévorée dans les moindres recoins de son intimité. Elle accomplissait une épreuve entreprise depuis longtemps, et voulait toute entière se sentir submergée par le pouvoir de maîtriser son sort et ses désirs, au travers de ce jeune étalon italien. Elle lui donnait 20 ans à peine. Elle sentit ses lèvres subitement dévorées par la fougue, et ses seins, qu’elle avait décidément bien fait de siliconer, se prêtaient à merveille au sort que lui infligeaient les mains indélicates et pataudes du tifosi en rut. Elle se laissa aller au confort du fauteuil en cuir, soulever les habits et baisser la culotte de cheval, et se sentit frémir sous les élans répétés que son chauffeur commença à lui asséner en silence. Cela n’était pas exactement comme elle l’avait souhaité, mais après tout, si la vie n’était que des résultats de calcul…Elle se sentait enfin vivre, elle sentait la chaleur de ce corps dans le sien, qui se débattait pour lui donner le plaisir d’être enfin jeune comme jamais elle n’avait pu, à cause de ses sœurs acariâtres. Il vibrait, il courait, il fonçait en elle maintenant, et elle sentait la turbine de son sexe fonctionner à plein régime. Elle le sentait, oui, et elle se sentait bien, enfin… Elle voulait le sentir s’agiter encore en elle, tout le temps, tout le reste de vie que lui accorderait le seigneur dans sa grande bonté. Et il venait, oui, il venait cet orgasme qu’elle avait tant rêvé, qu’elle avait imaginé sous tous les angles imparfaits du conditionnel…Il venait, il venait, et il bougeait toujours plus vite, chevauchant en elle avec l’allant débridé d’un cavalier des steppes… C’était là, maintenant, elle était prête…
Soudain, tout stoppa. Net.
Le jeune italien avait lâché la sauce en la vieille américaine plus vite qu’elle ne l’attendait. A peine Cindy eut-elle le temps de se redresser un peu pour demander le reste de ce qu’elle estimait être un dû, qu’il avait déjà reboutonné son jean et allumé le moteur. Elle le vit sortir de la voiture, ouvrir la porte passager, et se sentit soulevée par une force qui avait soudain plus l’affection d’un éleveur de chiens que d’un amant sensible. La culotte encore dans les pattes, Cindy se sentit projetée au loin, sans même encore comprendre que tout paraît en couilles. Elle se ramassa la gueule sur la rambarde, et ce n’est qu’en entendant le bruit de la Ferrari rouge s’éloignant à tout blinde qu’elle comprit.
Et qu’elle éclata de rire. Elle s’était faite baiser par un voleur de voitures, qui certainement de sa vie, n’avait jamais eu un coup si facile. Et elle était heureuse. Car même si ces moments avec un inconnu n’avaient été que des étincelles d’éternité, même si elle avait perdu en dix minutes la cage en métal rouge doré et l’argent qui aurait pu lui permettre de finir sa vie sans se soucier du quotidien, même si tout cela était maintenant fini, et sans aucune chance de se reproduire jamais, Cindy avait atteint un but ultime.
Aujourd’hui, elle avait semé une graine dans son corps. Aujourd’hui, elle pouvait rêver d’être mère. Et la façon dont cela s’était produit était un signe. Grâce à Dieu, elle y arriverait, comme elle était parvenu à ses fins dans cette Ferrari rouge. Cindy se releva, remit dans ses oreilles les écouteurs de son baladeur dernier cri, et tout en remontant sa culotte avec la grâce de la reine d’Angleterre, prit un chemin qui la mènerait loin de Rome, en écoutant France Gall l’encourager à résister. A simplement prouver qu’elle existait.


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