un bon chien

contrainte : début avec "Un bon chien...", et insérer trois références tombées au hasard par Wikipédia : Chiara Lubich, serpentard (Harry Potter), DY (diminutif chimique du Dyprosium, ou identifiant du Bénin sur les plaques numéralogiques de l'Onu)

*************************

Un bon chien

Un bon chien, ça. Un bon toutou à sa mémère. Pas trop collant, pas trop chieur, pas trop malin. Presque la bête parfaite. Chiara Lubich aurait juste préféré qu’il soit juste un peu moins sale. C’est vrai, se lécher les couilles en société n’était pas du meilleur goût. Quand les copines de Chiara voyaient ça, elles levaient les yeux au ciel en suppliant le seigneur.
Chiara et ses copines se réunissaient deux fois par semaine dans un salon de thé cossu du huitième arrondissement. Pendant deux heures, elles se racontaient les trois jours qui les avaient séparés l’une de l’autre. Elles ne souriaient pas. Elles étaient toujours indignées par les jeunes et leurs vêtements, par la nouvelle amante du boucher, ou par le parti socialiste qu’elles trouvaient has-been.
« Tenez, dit Chiara, l’autre jour encore, je promenais Olivia, le matin, parce que l’après-midi, le soleil la fatigue trop, quand un jeune habillé avec un jean déchiré, non, mais franchement, il était sale, et mal coiffé en plus, comment voulez-vous qu’ils trouvent du travail...Si encore, ils en cherchaient... et bien devinez ce qu’il me dit ? »
Les autres s’en foutaient. En bonnes copines âgées, elles faisaient semblant d’écouter, alors qu’elles en avaient rien à foutre l’une de l’autre.
« Ca te dirait de voir mon serpentard ! voilà ce qu’il me dit ! Oh, j’étais outrée. Il me dit ça, et puis il me fait un clin d’oeil. J’ai eu peur que ce soit un satire, vous savez un de ces déséquilibrés qui attachant des vieilles dames à des radiateurs pour leur vider leur compte en banque, en les violant en groupe au passage. Heureusement qu’Olivia s’est mise à aboyer. Ca a pas eu l’air de lui faire peur, amis des gens se sont retournés. Y avait même Monsieur Roger, le kinésithérapeute, qui était là. Quel gentil monsieur, monsieur Roger. Il est venu, et m’a dit : « Un problème Mme Lubich ? ». Alors là, le jeune n’a pas fait le fier, je vous le dis. Entre Monsieur Roger et Olivia, il a dû comprendre que son petit jeu de pervers le mènerait pas loin. Il a détalé comme un lapin, oh, vous auriez dû le voir. C’était drôle, mais quand même, j’ai eu peur pour mon coeur. Parce que vous savez, je prends des médicaments depuis deux jours, et patati, patata. »


Les copines de Chiara avaient compris qu’aujourd’hui, ce n’était pas leur tour. Pourvu qu’elle ne soit pas là dans trois jours.
« Enfin, il est l’heure que je vous laisse. Le soir va tomber, et Olivia a peur du noir. Je ne vous fais pas la bise, je suis malade ». Chiara se leva, se rhabilla, fit un petit coucou discret de la main, en souriant. En sortant, elle se dit que quand même, heureusement qu’elle était là pour animer les discussions. Toute à ses pensées, elle ne vit pas Olivia s’aventurer seul sur le passage clouté.
La dernière vision que Chiara eut dans sa vie de merde fut celle de son clébard éclaté maculant de pourpre les bandes blanches de la rue, et la plaque de la voiture coupable qui s’éloignait en traînant derrière soi le reste de la laisse. 27 DY 27. « Encore un étranger », se dit-elle une dernière fois, avant de s’affaler, morte, sur le cadavre froid de ce qui pendant sept ans avait été sa raison de vivre.

Télécharger le fichier

Publié dans nouvelles | Lien permanent